Fruits et légumes bourrés de pesticides : ces deux enseignes de supermarchés sont à éviter, selon Greenpeace

fruits et legumes bourres de pesticides ces deux enseignes de supermarches sont a eviter selon greenpeace

Fruits et légumes bourrés de pesticides : deux enseignes de supermarchés pointées du doigt par Greenpeace. L'organisation environnementale a publié un classement des grandes surfaces françaises selon leur exposition aux résidus phytosanitaires dans les rayons frais. Les résultats placent deux enseignes en queue de peloton, avec des niveaux préoccupants de contamination détectés sur les produits testés.

Chaque semaine, des millions de Français remplissent leur panier de fruits et légumes sans savoir quels traitements chimiques ces produits ont subis. Et pour cause : l'affichage des pesticides utilisés n'est pas obligatoire sur les étiquettes, ni en rayon vrac ni sur les emballages. Seuls le nom du produit, l'origine et la catégorie de qualité figurent légalement sur les étiquettes, conformément au règlement européen n°1169/2011 et au règlement n°543/2011 sur les normes de commercialisation des fruits et légumes.

C'est précisément ce vide réglementaire que Greenpeace cherche à combler en publiant ses propres enquêtes. L'organisation ne se contente pas de dénoncer les pratiques agricoles à la source : elle met directement en cause les distributeurs qui référencent et vendent des produits chargés en résidus de traitement.

Greenpeace classe les enseignes selon leur exposition aux résidus phytosanitaires

Le travail de Greenpeace repose sur des analyses de laboratoire menées sur des échantillons achetés directement en magasin. Les produits testés, principalement des fruits et légumes frais issus des rayons conventionnels, sont ensuite analysés pour détecter la présence et la concentration de résidus de pesticides. Le résultat permet d'établir un classement des enseignes selon leur niveau d'exposition global.

Les deux enseignes les plus mal classées

Deux distributeurs se distinguent négativement dans ce type de palmarès : ils proposent, selon les analyses de l'ONG, une proportion plus élevée de produits présentant des résidus de substances phytosanitaires détectables, parfois en cocktail, c'est-à-dire avec plusieurs molécules différentes présentes simultanément sur un même aliment. Ce phénomène dit d'effet cocktail est particulièrement surveillé par les toxicologues, car les interactions entre molécules peuvent amplifier les effets sur l'organisme, même lorsque chaque substance prise isolément reste sous les seuils réglementaires.

Ce que révèlent les analyses sur les produits conventionnels

Les fruits sont généralement plus exposés que les légumes, notamment les fraises, raisins, pommes et poivrons, qui figurent régulièrement en tête des produits les plus traités dans les études européennes sur les résidus alimentaires. Les analyses de Greenpeace s'inscrivent dans une tendance documentée à l'échelle du continent : l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) publie chaque année un rapport sur les résidus de pesticides dans les aliments, qui confirme la présence régulière de multi-résidus dans les produits frais issus de l'agriculture conventionnelle.

L'étiquetage des pesticides reste un angle mort de la réglementation

Le paradoxe est frappant. Un consommateur peut savoir si un yaourt contient du lactose, des traces de gluten ou des arômes artificiels. Mais il ne peut pas savoir, en regardant une pomme dans un supermarché, combien de traitements phytosanitaires elle a reçus ni quelles molécules sont potentiellement présentes sur sa peau. L'affichage des produits phytosanitaires utilisés n'est pas imposé par la loi, ni la liste des pesticides détectés, ni les résidus de traitement.

Ce vide n'est pas une omission accidentelle. Il reflète un équilibre politique entre les intérêts de la filière agricole, les contraintes des distributeurs et les demandes croissantes des associations de consommateurs. Des débats législatifs sont en cours, tant en France qu'au niveau européen, pour rendre cet affichage obligatoire. Mais à ce jour, la mesure reste facultative, et aucune enseigne n'est légalement tenue de communiquer sur les traitements subis par les produits qu'elle vend.

Des initiatives volontaires encore marginales

Quelques distributeurs ont commencé à afficher volontairement des informations sur les pratiques agricoles de leurs fournisseurs, via des applications mobiles ou des QR codes en rayon. Ces démarches restent marginales et inégalement fiables, car elles reposent sur des données déclaratives transmises par les producteurs eux-mêmes, sans vérification systématique par un tiers indépendant. Greenpeace et d'autres ONG réclament un contrôle indépendant et un affichage standardisé, comparable à ce qui existe pour la valeur nutritionnelle ou le Nutri-Score.

Comment limiter son exposition aux pesticides dans les rayons

Face à l'absence d'obligation d'étiquetage, les consommateurs qui souhaitent réduire leur exposition aux résidus phytosanitaires disposent de quelques leviers concrets.

Le premier est le choix de produits issus de l'agriculture biologique, dont la réglementation interdit l'usage de pesticides de synthèse. Les études disponibles montrent que les produits bio présentent des niveaux de résidus significativement plus bas, même si des contaminations croisées restent possibles. Le second levier est le lavage soigneux des fruits et légumes à l'eau courante, qui permet d'éliminer une partie des résidus de surface, sans toutefois atteindre les molécules systémiques absorbées par la plante.

La saisonnalité joue également un rôle : les produits cultivés localement en pleine saison nécessitent généralement moins de traitements que les produits importés ou cultivés hors saison sous serre. Certains comparatifs de prix en supermarché peuvent d'ailleurs réserver des surprises, comme le montrent des enquêtes sur les pratiques tarifaires en grande surface qui révèlent parfois des écarts inattendus entre le prix affiché et la réalité en caisse.

La pression des ONG comme moteur de transparence

En l'absence de contrainte légale, les publications de Greenpeace jouent un rôle de substitut à la réglementation. En nommant les enseignes et en publiant des données chiffrées, l'ONG crée une pression sur les distributeurs qui, pour préserver leur image, peuvent être incités à revoir leurs politiques d'approvisionnement.

Ce mécanisme a déjà fonctionné dans d'autres secteurs. La publication de classements environnementaux sur les emballages plastique ou sur les émissions carbone a conduit plusieurs grandes surfaces à durcir leurs cahiers des charges fournisseurs, sans qu'aucune loi ne les y oblige. La transparence forcée par les ONG précède souvent la réglementation, et les débats actuels sur l'étiquetage des pesticides en Europe s'appuient largement sur les données produites par ces organisations indépendantes.

La DGCCRF et Légifrance restent les références pour suivre l'évolution du cadre légal sur ce sujet, qui pourrait évoluer dans les prochains mois si les discussions européennes sur la révision du règlement sur les informations alimentaires aboutissent. En attendant, le classement de Greenpeace reste l'un des rares outils publics permettant aux consommateurs de comparer les enseignes sur ce critère précis, et les deux distributeurs en queue de peloton ont tout intérêt à revoir leurs pratiques avant que la loi ne les y contraigne.

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Henry

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