La limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires françaises, instaurée en 2018, est progressivement abandonnée. Plusieurs conseils départementaux ont engagé le retour à 90 km/h sur certains axes, après six années d'une mesure jugée peu efficace et massivement rejetée par les automobilistes. Le département de l'Eure est l'un des plus avancés dans cette démarche, avec une généralisation prévue d'ici 2026.
Six ans. C'est le temps qu'aura duré l'expérience du 80 km/h sur les routes secondaires françaises, avant que les collectivités ne commencent à tourner la page. Le bilan en matière de mortalité routière, jugé bien en deçà des attentes, a accéléré la prise de décision dans de nombreux territoires.
Mais le retour à 90 km/h ne s'applique pas uniformément. Chaque département trace sa propre ligne, route par route, en fonction de critères précis. Et tous les conducteurs ne rouleront pas à la même vitesse sur le même type de réseau selon leur localisation.
Le 80 km/h, une mesure qui n'a pas convaincu
Introduit par le gouvernement en juillet 2018, l'abaissement de la vitesse maximale à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central devait réduire significativement le nombre de morts sur les routes. Les résultats obtenus ont été jugés insuffisants par rapport aux projections initiales. Le rejet de la mesure par les automobilistes, lui, a été immédiat et massif.
Dès 2019, la loi d'orientation des mobilités a ouvert la possibilité aux présidents de conseils départementaux de relever cette limite à 90 km/h sur certaines portions de leur réseau. Une faculté que plusieurs territoires ont progressivement saisie, créant une carte des limitations de vitesse de plus en plus hétérogène selon les départements.
Concrètement, un conducteur peut aujourd'hui se retrouver à devoir adapter sa vitesse plusieurs fois sur un même trajet interrégional, non pas en fonction de la dangerosité de la route, mais simplement parce qu'il franchit une frontière administrative. Cette disparité, source de confusion, est l'un des reproches récurrents adressés au système actuel.
Depuis 2019, les présidents de conseils départementaux ont la faculté de relever la vitesse maximale à 90 km/h sur leur réseau, après avis de la commission départementale de sécurité routière. Ce n’est pas une obligation, mais une option que chaque département peut choisir d’activer.
L'Eure, un département qui avance méthodiquement vers le 90 km/h
Le département de l'Eure illustre bien la démarche rigoureuse que ce retour à 90 km/h implique. Pas question d'un passage en bloc : 420 itinéraires départementaux font l'objet d'une analyse détaillée, route par route, avant toute décision.
Les critères qui déterminent l'éligibilité d'un axe
Pour qu'une route soit retenue comme éligible au relèvement de la limitation de vitesse, plusieurs paramètres sont passés au crible. L'état de la chaussée, la densité du trafic, le type de véhicules qui la fréquentent, l'historique des accidents, la visibilité, le relief et la présence de poids-lourds sont autant d'éléments examinés. Les axes prioritairement concernés sont les portions principales reliant deux communes importantes du département, les routes à bonne visibilité sur terrain peu accidenté, et les itinéraires qui affichent un bilan accidentologique favorable sur les dernières années.
À l'inverse, les zones habitées et les portions traversant des secteurs à fort taux d'accidents conservent la limitation à 80 km/h. Le retour au 90 km/h n'est donc pas une amnistie générale de la vitesse : c'est un arbitrage technique, territoire par territoire.
Un investissement financier assumé par les collectivités
Ce travail d'analyse a un coût. Dans l'Eure, le budget prévu pour le seul remplacement des panneaux de signalisation s'élève à 200 000 euros. Une somme conséquente pour une collectivité, qui reflète l'ampleur du chantier. La généralisation de la nouvelle limitation sur l'ensemble des axes retenus est attendue d'ici 2026.
Le déploiement s'accompagne également d'une multiplication des radars pédagogiques ou fixes sur les itinéraires concernés. L'objectif affiché est double : informer les conducteurs des nouvelles règles en vigueur et maintenir une surveillance de l'accidentologie pour guider les politiques futures.
itinéraires départementaux analysés dans l’Eure avant tout relèvement à 90 km/h
Ce que les conducteurs doivent savoir sur le réseau routier concerné
Le retour à 90 km/h ne concerne que le réseau routier départemental hors agglomération. Les autoroutes et les routes nationales ne sont pas visées par ces arbitrages locaux. Et même sur les axes qui retrouvent la limitation à 90 km/h, les autorités rappellent que la vitesse affichée sur un panneau est une limite maximale, non une vitesse cible.
Adapter son allure aux conditions réelles de conduite, qu'il s'agisse de la météo, de l'affluence du trafic ou de l'état de la chaussée, reste une règle fondamentale du code de la route. Un point que les autorités martèlent, même à l'heure où la signalétique évolue.
Pour rester informé des limitations en vigueur sur un itinéraire précis, les applications de navigation sont désormais incontournables. Certains conducteurs ont d'ailleurs déjà abandonné des outils historiques au profit de solutions GPS plus réactives aux évolutions réglementaires.
Une application hétérogène qui crée une France à deux vitesses
Le principal écueil de cette réforme progressive est son caractère fragmenté. Certains départements ont relevé la limitation sur une large partie de leur réseau, d'autres n'ont encore rien décidé, et d'autres encore procèdent axe par axe depuis plusieurs années. Résultat : la carte des limitations de vitesse sur routes secondaires françaises est devenue un patchwork difficile à appréhender pour les conducteurs.
Cette hétérogénéité pose aussi la question de l'équité entre territoires. Un automobiliste normand peut rouler à 90 km/h sur une route comparable à celle d'un département voisin où la limitation reste à 80 km/h, sans que la différence de dangerosité entre les deux axes ne justifie nécessairement cet écart.
Le suivi de l'accidentologie prévu dans des départements comme l'Eure permettra, à terme, de disposer de données solides pour trancher ce débat. Si les chiffres confirment que le retour au 90 km/h n'entraîne pas de hausse significative des accidents graves sur les axes sélectionnés, d'autres territoires pourraient accélérer leur propre démarche. Dans le cas contraire, les ajustements seraient possibles route par route, grâce au suivi précis mis en place.
Un détail, anecdotique mais révélateur des limites des systèmes de contrôle automatisé : une conductrice a été flashée à 703 km/h sur une route française, une vitesse physiquement impossible qui illustre les dysfonctionnements ponctuels des dispositifs de mesure. Un rappel que les radars, aussi nombreux soient-ils, ne sont pas infaillibles, et que la sécurité routière repose d'abord sur le comportement humain au volant.





